PILON (G.)

PILON (G.)

Germain Pilon, fut avec Jean Goujon, le plus grand sculpteur de la Renaissance française. Dans son œuvre, qui plonge ses racines dans la sculpture médiévale française, mais dont le style a subi l’influence décisive de l’art des Italiens de Fontainebleau, la Renaissance et le maniérisme italiens s’allient à la tradition française.

L’étude des documents de l’époque fait apparaître l’image d’un homme de culture humaniste, occupant une position sociale élevée. Grâce à ses nombreux élèves, le sculpteur prépara la naissance de la statuaire du XVIIe siècle français.

Origine et formation

Germain Pilon est né à Paris. De son père, le sculpteur André Pilon, originaire de la région du Mans, il est presque certain qu’il reçut les premiers éléments de sa formation artistique. Mais aucune des créations d’André Pilon n’a été conservée, de sorte que l’on ne peut apprécier son style. Certaines commandes révèlent toutefois sa prédilection pour les statues en bois peint et pour la terre cuite, ce qui laisse supposer qu’il se rattachait au monde des formes médiévales.

Germain Pilon, en plus des leçons de son père, profita d’une formation qui était restée inaccessible aux générations précédentes de sculpteurs. Il fit, en effet, des études à l’Université: en l’an 1540, il est qualifié d’«écolier, étudiant en l’université de Paris». Pilon put ainsi acquérir des connaissances qui le distinguaient des «imagiers» du Moyen Âge. On comprend donc que l’orfèvre Richard Toutain ait déclaré à son propos, en l’an 1573: «Et j’estime qu’il est l’ung des plus scavans hommes de ce royaume en cest estat». L’abondante bibliothèque qui est consignée dans l’inventaire de sa succession apporte également une preuve éloquente de la grande réputation dont il jouissait. Les premiers travaux de Pilon restent mal connus. On possède un contrat d’où il ressort qu’il collaborait avec son père. Cependant, aucune des œuvres datant de cette période n’est conservée. Par ailleurs, on ne peut affirmer que le jeune sculpteur exerçait son activité dans l’un des centres artistiques contemporains, Anet ou Fontainebleau.

Premiers travaux pour la maison royale

Les premières preuves de l’art de Pilon apparaissent à partir de 1550. En 1558, il fut chargé par le surintendant des Bâtiments du roi, Philibert de l’Orme, de sculpter huit «génies funèbres» ou «figures de Fortune», comme on les appelait, destinés au tombeau de François Ier que Philibert de l’Orme édifiait à Saint-Denis. L’une de ces figures a été conservée (musée de Cluny, Paris). Peut-être fut-il aussi invité par le surintendant à exécuter les reliefs de la voûte en plein cintre du monument funéraire.

À la mort de Henri II, Primatice obtint la charge de surintendant des Bâtiments et conserva Pilon parmi ses collaborateurs. Pour Fontainebleau, Pilon façonna des statues de bois, exécutées sous la direction de l’artiste italien dont le style lui était désormais très familier.

Ce n’est qu’avec le Monument du cœur de Henri II (musée du Louvre) que l’on découvre dans toute sa plénitude l’art du sculpteur. Catherine de Médicis confia l’édification de ce monument, dédié à son époux mort en 1559, à Primatice qui en fit sans doute l’esquisse. Le monument qu’il conçut se compose d’un piédestal décoré, supportant trois personnages féminins qui soutiennent une urne sur la tête. À Pilon échut la plus grande partie du travail de sculpture, notamment l’exécution des trois statues en lesquelles on peut voir aussi bien les Trois Grâces que les Vertus théologales.

Le tombeau de Henri II et de Catherine de Médicis

Ce fut encore sous le contrôle de Primatice que Pilon créa ses œuvres suivantes. Lorsque Catherine de Médicis fit édifier par Primatice un mausolée en rotonde à l’église abbatiale de Saint-Denis, Pilon fut parmi les artistes responsables de la décoration sculptée.

Il travailla d’abord au tombeau du roi défunt et de la reine, à côté d’autres sculpteurs comme Girolamo della Robbia et Maître Ponce. Cependant, la plus grande partie des travaux allait lui incomber progressivement. Il est l’auteur des gisants, des priants, de deux Vertus de bronze et de deux reliefs de marbre. Les deux autres Vertus sont de la main de Maître Ponce, tandis que les deux autres reliefs du socle furent sculptés par Frémyn Roussel et sans doute par Laurent Regnauldin (Lorenzo Naldini). Il est presque certain que Primatice exécuta l’esquisse du tombeau; il n’est donc pas étonnant que les deux Vertus de bronze de Pilon, en particulier, soient influencées par le style de l’Italien. Mais on peut déceler dans les mêmes œuvres, surtout dans les gisants, quelques traces des attaches de Pilon avec la sculpture médiévale française. C’est dans le gisant de la reine, imitation d’une statue antique, la Vénus des Médicis, qu’il se libère le plus de ses attaches, peut-être parce qu’on l’y avait engagé.

Les priants, par rapport à ceux qui existaient sur des tombeaux antérieurs, révèlent une grande liberté dans le mouvement et une reproduction très personnelle de la physionomie; ils permettent également de constater que Pilon a abandonné le gothique tardif pour l’art de la Renaissance.

Commandes privées

À partir de 1570, Pilon possédait à Paris un grand atelier et était un sculpteur très occupé. Malheureusement, la plupart des œuvres datant de cette époque ont été détruites pendant la Révolution.

Ont été conservées la Vierge de Notre-Dame-de-la-Couture (Le Mans) et les principales sculptures du tombeau de Valentine Balbiani (morte en 1572), femme du chancelier René de Birague. Dans ce tombeau, où se mêlent des éléments italiens et français, le personnage est représenté sous deux aspects, selon la tradition française. Valentine Balbiani, à demi étendue, s’appuyant sur un coude, revêtue d’un costume somptueux et feuilletant un livre, correspond à un type italien existant déjà en France avant Pilon. Le bas-relief placé en dessous de la statue la montre en gisante; l’œuvre, d’un réalisme impressionnant, se place dans la tradition des gisants «cadavéreux» de la sculpture médiévale française, qui illustrent la fragilité de la vie humaine et doivent produire sur celui qui les regarde l’effet d’un memento mori . La plupart des tombeaux exécutés par Pilon ne sont connus que par les documents de commande ou des esquisses.

En 1572, l’artiste obtient la charge de «contrôleur général des effigies à la cour des Monnaies». Il fondit des médaillons aux effigies des membres de la famille royale et il en fit un à l’effigie du chancelier de Birague. Ces médaillons sont parmi les plus beaux du XVIe siècle. En outre, Pilon exécuta divers bustes en marbre et en bronze, parmi lesquels se distinguent celui de Charles IX (Wallace Collection, Londres) et celui de Jean de Morvilliers (musée d’Orléans).

Dernières œuvres

Dans les dix dernières années de sa vie, la puissance créatrice de l’artiste reste intacte. Il dispose d’un vaste atelier et l’abondance des commandes l’oblige à s’adjoindre des collaborateurs et des aides. Dès lors, il sera fréquemment amené à se limiter à l’esquisse d’une sculpture ou d’un tombeau et en abandonnera l’exécution à ses élèves.

Jusqu’à 1585 environ, Pilon fut occupé par de nouvelles sculptures en marbre pour la chapelle funéraire des Valois à SaintDenis. On retiendra dans cette production un Christ ressuscité avec deux gardiens (musée du Louvre), un Saint François d’Assise (église Saint-Jean-Saint-François, Paris), ainsi que deux nouvelles statues funéraires de Henri II et de Catherine de Médicis qui, cette fois, furent représentés en gisants revêtus des ornements royaux (Saint-Denis). Il est impossible de déterminer avec exactitude dans quel ordre chronologique furent créées ces œuvres.

La Vierge de Pitié fut la dernière sculpture exécutée pour la chapelle des Valois à Saint-Denis (église Saint-Paul, Paris). Son modèle original en terre cuite, grandeur nature, est conservé au musée du Louvre; sans doute Pilon le créa-t-il en tant qu’exemple pour ses aides qui exécutèrent la plupart des œuvres citées. Dans cette création, chef-d’œuvre de l’artiste, le type de la Vierge est emprunté aux dépositions de croix ou mises au tombeau nombreuses en France, dont il a repris certains détails comme le voile ramené en avant et les mains croisées sur la poitrine. Toutefois, par l’expression contemplative et recueillie qu’il parvient à donner à la statue en creusant profondément les plis des étoffes, Pilon restera inégalé à son époque.

Du style pathétique et dramatique des dernières années, le tombeau de René de Birague, que Pilon réalisa en 1583 à la mort de ce dernier, est également un témoignage. Le corps du personnage s’efface entièrement sous l’ample vêtement creusé de plis profonds qui se poursuit sur le sol par une longue traîne. Dans ces œuvres, il devient évident que le sculpteur n’a pas abandonné la tradition des effets de draperies de la statuaire gothique. Au contraire, c’est dans ses dernières créations que cette tradition semble revivre une fois de plus. L’expression, dont l’intensité annonce l’art baroque, est soutenue par le modelé des étoffes. Reprenant une autre idée de la tradition médiévale, Pilon fit peindre le priant de bronze de René de Birague; aujourd’hui encore, on peut y déceler des traces de peinture. Le relief en bronze de la Déposition du Christ (musée du Louvre) a été exécuté dans les dernières années de la vie de Pilon; aucun document ne le lui attribue officiellement, cependant le style de la sculpture a permis de ne jamais douter qu’il en fut l’auteur. Dans cette composition, Pilon rejoint le relief exécuté vers 1544 par Goujon, La Déposition du Christ (également au Louvre). Mais c’est dans la figuration du corps du Christ, de face, tourné vers le spectateur, que se remarque de nouveau le style particulier de Pilon, qui se rattache à la forme de représentation du gothique tardif.

Après la mort de Pilon, à Paris, ses élèves, parmi lesquels se trouvaient Barthélemy Prieur et Mathieu Jacquet, s’efforcèrent de poursuivre son œuvre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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